L’édito de Bénédicte Hautefort, numéro 145

Ce sont les investisseurs américains qui imposent la RSE dans le débat actionnarial en France : quelles perspectives, si les Etats-Unis ne reviennent pas dans l’Accord de Paris ?

17 Juillet 2017. Pour une fois, politique et économie prennent des directions opposées. Alors que M. Trump, Président des Etats-Unis, a confirmé le 1er Juin le retrait des Etats-Unis de l’Accord de Paris sur la maîtrise du risque climatique, les puissants fonds américains sont, eux, les moteurs du changement qui impose la RSE comme critère d’investissement.

A quoi le voyons-nous ? Au fait que désormais, le facteur différenciant d’une AG du CAC 40, c’est le fait que les actionnaires imposent la RSE à l’ordre du jour – parfois de façon virulente. Or, la différence entre les actionnaires du CAC 40 et ceux des entreprises plus petites, c’est leur origine géographique : pour des raisons de liquidité, les fonds d’investissements américains sont présents dans les grandes entreprises seulement.

L’Hebdo des AG a comparé, comme chaque année, les assemblées générales des grandes et petites entreprises, pour identifier ce qui, en 2017, caractérise une « AG » du CAC 40 – si spécificité il y a. Les années précédentes, nous avons mis en évidence des différences de taille bien sûr, mais aussi de déroulé, de thèmes abordés, de recours à la video – cette année, c’est différent. La taille reste une différence fondamentale : les plus « petites » assemblées rassemblent 20 fois moins d’actionnaires individuels que les « grandes » ; pour le reste, les standards des AG des entreprises du SBF 120 se sont alignés sur ceux du CAC 40, sauf en ce qui concerne la RSE. 1 question d’actionnaire sur 6 dans les AG du CAC 40, presqu’aucune dans les assemblées plus petites.

Nos grandes entreprises ont souvent démontré qu’elles avaient à cœur de s’adapter pour satisfaire leurs actionnaires, et les standards du CAC 40 jouent le rôle de locomotive pour l’ensemble de la place : nul doute que la RSE sera, au cours des prochains mois, un axe de travail prioritaire pour les équipes de communication financière, celles du CAC 40 comme les plus petites.
Qu’en sera-t-il du politique ? Par la pression qu’ils mettent sur les entreprises françaises, les investisseurs américains démontrent l’importance qu’ils donnent aux sujets RSE. Continueront-ils, si M. Trump reste sur sa position de Juin ? Un scenario pourrait être que l’Europe, force d’entraînement des politiques environnementales, soit à ce titre attractive pour les fonds américains : perspective favorable pour les entreprises françaises qui continueraient à capter ces capitaux. Un autre scenario, pessimiste, serait que les financiers américains s’alignent sur la décision de leur Président et accordent moins d’importance aux sujets RSE. Un troisième scenario, enfin, serait que M. Trump assouplisse sa position de juin 2017. A ce jour, l’avenir est ouvert !