L’édito de Bénédicte Hautefort, numéro 144

La place de Paris passe un nouveau cap, avec une attente accrue d’indicateurs non financiers

10 Juillet 2017. Le grand rendez-vous annuel des Rencontres Financières Internationales de Paris EUROPLACE s’ouvre demain. La place de Paris est confiante, s’est félicitée vendredi des signaux positifs donnés par le gouvernement pour renforcer l’attractivité de Paris.

Pour une fois, la communauté financière internationale parle de Paris sans aborder immédiatement le sujet de la fiscalité et du droit du travail. Pour une fois, elle commence par la fluidité des transports, le haut niveau d’éducation des Français, la capacité d’accueil post-Brexit. Pour une fois, les attentes de la communauté financière ne sont pas seulement des chiffres.

C’est ce qui a changé. Les entreprises étaient habituées à construire des plans d’actions répondant à des demandes d’actionnaires quantifiées, elles doivent à présent répondre aussi à un autre niveau d’exigence, non quantifiable, et d’autant plus difficile à cerner.

Le printemps, avec la saison d’assemblées générales, nous avait déjà donné plusieurs « signaux faibles » : l’attention accrue des actionnaires sur les sujets RSE, le débat lancé par Antoine Frérot, PDG de Veolia, sur l’élargissement des Conseils à toutes les parties prenantes.
Oui, les investisseurs ont changé. L’Enquête de l’Hebdo, cette semaine, met à jour une réalité : sur le sujet très sensible de la rémunération des dirigeants, ils n’exigent plus l’alignement de l’entreprise avec leurs propres intérêts financiers immédiats. Ils ont, cette année, récompensé de la même façon un dirigeant dont le cours de bourse a sur- ou sous- performé, si le plan d’action prévu a été déroulé. En d’autres termes, ils investissent dans autre chose que le rendement boursier à court terme.

Le défi des entreprises, aujourd’hui, est de décrypter cette nouvelle attente, et son horizon. Les investisseurs financiers seraient-ils plus long terme ? Il est encore trop tôt pour le mesurer.
Dans quoi investit l’actionnaire, si ce n’est le cours de bourse ? Les talents qui constituent l’entreprise – les salariés – sont, depuis la loi Rebsamen, membres du Conseil d’Administration, à la grande satisfaction des investisseurs qui les ont plébiscités. Restait à intégrer les clients. Jean-Pierre Menanteau, Directeur Général du Groupe Humanis, nous rappelle une réalité : il existe une gouvernance qui par construction a l’expérience de l’apport d’un client dans un Conseil – la gouvernance paritaire. Humanis a constitué, au sein du Conseil, un Comité chargé de la Satisfaction Clients, et un Comité chargé de la Marque. Deux idées qui pourraient inspirer les entreprises confrontées aux nouvelles attentes des investisseurs.