L’édito de Bénédicte Hautefort, numéro 142

Avec leurs actionnaires, les sociétés familiales parlent plus finance que les autres – et si c’était le secret de leur bonne performance boursière ?

L’enquête de l’Hebdo des AG porte cette semaine sur les sociétés familiales, ces étoiles de la bourse. Que font-elles de plus (ou de moins) pour leurs actionnaires ?

La bourse, régulièrement, les encense. De 2006 à 2016, les 920 premières entreprises familiales dans le monde ont affiché une surperformance de 47% par rapport à l’index MSCI, selon l’étude « The Family Business Model » du Crédit Suisse Research Institute. Leur performance économique, dans le même temps, est comparable à celle des sociétés non-familiales : leur succès en bourse procède donc bien d’une meilleure perception par le marché. Notre enquête montre que cette perception se fonde sur une plus grande transparence sur les chiffres, plutôt que sur le développement d’un affect sur les sujets non-financiers.

Première observation : les sociétés familiales parlent davantage finance, à des actionnaires focalisés sur ce thème. Ils sont plus exigeants que les autres, descendent beaucoup plus dans le détail des questions financières, se révèlent plus experts par la formulation de leurs questions. Ils sont aussi plus contestataires, toujours sur les mêmes sujets : mesures anti-OPA, et autorisations financières jugées par eux trop dilutives.

Deuxième observation : les mêmes actionnaires ne posent aucune question sur la rémunération des dirigeants, thème-phare des autres sociétés, et pas non plus sur la gouvernance, alors qu’un tiers des sociétés familiales est après les AG 2017 en-deçà du minimum requis de 40% de femmes administratrices. Le sujet, omniprésent chez tous les spécialistes de la gouvernance, semble ne pas être dans leur radar. La réflexion sur une gouvernance intégrant toutes les parties prenantes, thème abordé dans de nombreuses assemblées cette année, est absent du dialogue actionnarial de ces sociétés.

Troisième observation : les « patrons » de sociétés familiales sont emblématiques et charismatiques pour les actionnaires, mais pas plus que ceux des autres sociétés cotées. Un Georges Plassat ou un Antoine Frérot, cette année, ont déclenché autant d’affect chez leurs actionnaires qu’un Martin Bouygues ou un François-Henri Pinault. En d’autres termes, ce n’est pas sur ce terrain que les sociétés familiales ont creusé l’écart avec les autres.

Les sociétés familiales, finalement, sont là où nous ne les attendions pas. Leur succès en bourse tient dans leur transparence financière et dans le temps qu’elles consacrent à parler chiffres avec leurs actionnaires. Tout simplement.