L’édito de Bénédicte Hautefort, numéro 134

Les premières AG 2017 changent la donne

Nous venons d’assister à la trentième assemblée de l’année. Ce début de saison marque un profond changement par rapport à 2016 : la contestation actionnariale est plus forte qu’attendue, mais elle est surtout de nature différente et oblige les entreprises à repenser l’ensemble de leur relation investisseurs.

Premier changement : désormais, ce n’est plus parce qu’une entreprise a de bons résultats que ses actionnaires votent favorablement en assemblée. 53 résolutions sont passées à moins de 80% sur l’ensemble des 30 premières assemblées 2017, vs. 26 en 2016, alors même que les parcours boursiers des entreprises sont bien meilleurs cette année, et les dividendes à des niveaux records. A ce nouveau phénomène, plusieurs explications. La première, c’est que les investisseurs internationaux nomment de plus en plus souvent des décisionnaires différents pour investir d’une part, pour voter d’autre part. De surcroît, ils sont nombreux à avoir externalisé cette année la décision de vote, ne voulant pas surcharger leurs services avec des lignes d’investissement dont ils ne savent pas eux-mêmes la pérennité, en ce printemps d’élection présidentielle perçue comme à haut risque pour l’euro.

Ils s’en remettent, plus encore que les autres années, aux proxy, qui vérifient la conformité des résolutions proposées à une « politique de vote » formalisée, mais ne prennent pas en compte la performance économique spécifique de l’entreprise et ses dividendes par exemple, ce que ferait un gérant. Une autre explication est la part croissante des critères non-financiers dans la perception d’une entreprise : même aux yeux des investisseurs qui gèrent simultanément investissement et vote, être performant économiquement ne suffit plus, il faut également démontrer une gouvernance aux meilleurs standards . Plusieurs voies s’offrent aux entreprises pour étoffer leur relationnel avec les décisionnaires de vote, systématiser les « governance roadshows », jusqu’ici réservés aux situations délicates ; et développer leur communication non financière.

Second changement : la contestation actionnariale visible dans les votes ne s’exprime plus en assemblée. En d’autres termes, les actionnaires individuels, qui ont en face d’eux les dirigeants, les salariés, souvent présents dans la même salle, approuvent leur entreprise et le font savoir, alors que les votes par correspondance montrent une forte contestation. Jusqu’ici, c’était plutôt l’inverse : la salle jouait le rôle de caisse de résonance, hypertrophiant souvent les sujets de tensions, alors que les investisseurs internationaux y étaient peu sensibles. L’enjeu désormais, pour chaque entreprise, est de construire avec chaque investisseur, institutionnel ou personne physique, français ou étranger, une « relation de proximité » de la même qualité que celle qui existe naturellement avec l’actionnaire individuel français qui se déplace à l’assemblée. Martin Bouygues, notre invité cette semaine souligne ce point : à- l’heure du digital, créer ou recréer du lien est plus que jamais un défi.

 

BH