L’Edito de Bénédicte Hautefort, L’Hebdo 129

Exiger une bonne gouvernance, juger sur la rémunération : électeurs et investisseurs, même combat.

Cette semaine aurait du être celle de la gouvernance. Vigeo et Euronext ont lancé un nouvel indice CAC 40/Gouvernance, qui a tout pour répondre aux attentes des investisseurs. Une initiative formidable.

Notre équipe Hebdo des AG a décrypté les 45 ordres du jour déjà parus, et s’est réjouie de voir qu’ils illustraient de façon tangible et concrète les progrès de gouvernance des entreprises françaises : passage haut la main du cap des 40% de femmes, fin du cumul des mandats, rajeunissement des conseils, internationalisation, progression des administrateurs salariés …. Agnès Touraine, Présidente de l’Institut Français des Administrateurs (IFA), a commenté ces résultats, en phase avec ses propres analyses avec le Baromètre Ethics & Boards. Ces échanges sont cohérents avec notre Table Ronde annuelle du 18 janvier : les investisseurs voulaient recentrer le débat sur les sujets fondamentaux de gouvernance.

Simultanément, Matthieu Simon-Blavier, Managing Director de Georgeson France, leader mondial de la sollicitation des investisseurs en amont des assemblées générales, parle clair : le seul sujet de préoccupation des investisseurs, cette année, est la rémunération. Plusieurs raisons l’expliquent, du fait des sociétés ou du fait du contexte de la loi Sapin II. Pour les émetteurs, pour les dirigeants qui avaient envie de débattre enfin de long terme, c’est un peu … redescendre sur terre, avec l’inconfort d’une mise à nu.

Le comportement des investisseurs avec les dirigeants rappelle celui des électeurs avec les hommes politiques : on parle de beaucoup de choses, et tout à coup l’opinion s’emballe sur des sujets de rémunération, et devient inarrêtable.

Ce parallèle des mondes économiques et politiques n’est pas nouveau – rappelons-nous le printemps 2012, où les dirigeants du CAC 40 expliquaient littéralement en assemblée que « le changement, c’est maintenant ». Et de la même façon que l’opinion française critique les politiques mais bat des records d’audimat à chaque débat télévisé, les marchés financiers font les gros yeux mais achètent : le CAC 40 continue de grimper.

En d’autres termes, les investisseurs sont critiques, mais pas tant que cela, sinon ils « voteraient avec leurs pieds ». Le dialogue est loin d’être rompu.Votre Hebdo de cette semaine est à l’image de cette ambivalence : Matthieu Simon-Blavier expose les questions des investisseurs sur la rémunération, Agnès Touraine décrypte les progrès de la gouvernance des entreprises françaises. A chacun de nous de trouver le moyen de restituer l’immédiat dans le long terme, la rémunération dans la gouvernance.